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Dénicheur, ou la valeur de la vie d’un cheval

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Bienvenue sur mon tout nouveau blog !

Ici, j’aimerais parler de ma philosophie de travail avec les chevaux.

Avec ce premier article, je veux poser la question suivante : Quelle valeur attribue-t-on à la vie d’un cheval ?

Pour illustrer cette question, laissez-moi vous présenter mon cheval, Dénicheur, hongre Selle Français qui a aujourd’hui 27 ans. Cela fait maintenant 10 ans qu’il est chez moi et je profite de cet anniversaire pour réfléchir à sa vie et à celle des chevaux en général, car son histoire est comparable à de nombreuses autres de nos jours.

Dénicheur, quel nom justifié ! ai-je pensé plus tard. Je ne connais pas ses éleveurs, ni les personnes qui l’ont débourré. Ses papiers démontrent qu’il était inscrit sur la liste des chevaux de sport et qu’il a longtemps vécu dans un centre équestre …

Je l’ai trouvé grâce à une association de sauvetage d’équidés dont la responsable m’avait appris que ce cheval était destiné à la boucherie car, à 17 ans, il était considéré trop vieux et, qu’en plus, il était borgne. Dénicheur n’était pas mon premier cheval, mais il était le premier cheval que j’achetais moi-même. Je pensais déjà tout savoir sur les chevaux et l’équitation, mais je me trouvais au départ d’un tout nouveau chemin …

Dénicheur était bien éduqué, mais il avait aussi décidé de ne plus communiquer à l’homme ses propres sentiments. Il avait développé une distance et je n’arrivais pas vraiment à créer de contact avec lui. Par contre, il acceptait tout ce qu’on lui demandait sans jamais se rebeller.

Tout en découvrant Dénicheur, je ressentais qu’il y avait un mur autour de son âme et j’ai été choquée, lors de mon premier stage avec Sabine et Dan Birmann, de constater l’ampleur de son traumatisme psychique : il semblait enfermé en lui-même.

On ne s’en rend pas forcément compte, mais dans le dressage traditionnel le cheval est conditionné à obéir à tout ce que nous voulons qu’il fasse, même à ce qui va contre sa nature. Celui qui n’obéit pas est accusé d’être un mauvais cheval et est souvent considéré comme dangereux. Les « normaux » sont ceux qui ne se rebellent pas, ceux qui acceptent tout : la selle mal ajustée, le cavalier trop lourd, trop violent, trop rigide, le saut d’un obstacle de 1m80, et de répéter, jour après jour, les mêmes routines de travail. Le cheval est censé être un objet qu’on utilise à sa guise.

Les chevaux aussi peuvent devenir dépressifs et leur volonté être brisée. Dénicheur, lui, avait refoulé ses émotions et ses besoins avec les années et c’était la raison pour laquelle il ne communiquait plus, mais se réduisait à obéir.

Après avoir servi l’homme toute sa vie, la seule retraite qui l’attendait, à l’âge de 17 ans, était la route vers l’abattoir. Je m’interroge aujourd’hui : les 800 que je payai pour lui à l’époque – le prix de sa viande – correspondaient-ils à la valeur de sa vie ? Était-ce le juste prix pour une vie sacrifiée au plaisir des humains ?

C’est alors que Dénicheur s’est « déniché » une place chez moi ! Je ne suis pas meilleure que d’autres, mais le hasard a fait que j’ai rencontré les bonnes personnes, au bon moment, et que j’étais prête à ouvrir mon cœur à ce cheval.

En me désarçonnant lors de notre première ballade, il m’a littéralement « remise à terre » – et ceci a été une grande chance ! J’ai pu requestionner mon orgueil et mes ambitions et apprendre à redevenir humble.

Quand je regarde Dénicheur aujourd’hui, 10 ans plus tard, cela me touche de représenter une part de sa vie et d’être parvenue, au cours d’une longue période, à discerner sa personnalité et ses besoins. Il m’a enseigné tant de choses ! Je n’ai pas réussi à guérir tous ses maux et j’ai commis des d’erreurs mais, aujourd’hui, je peux partager cette bonne nouvelle avec vous chers lecteurs : il est tout à fait possible d’améliorer la vie d’un cheval, et ceci, même si nous ne sommes pas parfaits. Tout ce qu’il nous faut, c’est être prêts à apprendre de nos chevaux et savoir ne pas écouter les soi-disant “professionnels” si l’on ressent qu’ils ne sont pas de bon conseil. Regardez plutôt votre cheval dans les yeux et essayez de ressentir sa personnalité, ses besoins et son âme.

Quelques impréssions des 10 ans passés avec Denicheur:

Pour cela, allez voir votre cheval sans rien attendre de lui, regardez-le et interrogez-vous :

Quelle est son apparence ? Est-il beau, son pelage est-il brillant ? Évolue-t-il avec aisance, la tête dressée, le regard vif et attentif ou est-il plutôt flegmatique, les yeux souvent mi-clos quand vous êtes avec lui, le regard dans le vide ? …

En ce qui concerne Dénicheur, j’admets avoir commis des erreurs, mais il est là, il a évité la boucherie et il a réussi à retrouver sa personnalité, à sortir de sa dépression et à se sentir enfin compris des humains. Je lui souhaite encore de belles années à vieillir dignement et je ferai tout mon possible pour le lui permettre !

Au terme de cet article, je vous invite à réfléchir à la vie des chevaux qui vous sont proches. C’est à vous maintenant de me raconter vos histoires avec eux et de me donner votre avis sur cette question : Selon vous, quelle est la valeur de leur vie ?

Laissez-moi un commentaire.

À la prochaine !

Cordialement,

Jaana

 

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